Retour d’entreprise : que faire des situations vécues par les apprentis ?
Au retour en formation, les apprentis n’ont pas toujours spontanément une situation à raconter. Et même lorsqu’ils en ont une, il n’est pas toujours facile pour le formateur de la faire émerger, de la relier à la progression et de l’exploiter pendant la séance.
Pour autant, une expérience professionnelle, même ordinaire, peut devenir un point de départ pour travailler une compétence. À condition de choisir une situation précise et de prévoir ce qu’on en fera.
Une situation qui interpelle
Comment faire le lien entre les apprentissages au CFA et ce que les apprentis rencontrent en entreprise, sans transformer le retour d’expérience en tour de table où chacun résume sa période ?
La difficulté est réelle : les situations varient d’une entreprise à l’autre, les apprentis n’ont pas tous accès aux mêmes activités et certains ont besoin d’aide pour mettre leur expérience en mots. Il ne s’agit donc pas de demander à chacun de produire un récit détaillé à chaque retour, mais de trouver une manière légère de repérer des situations utiles à la séance.
Un exemple concret
En maintenance automobile, un apprenti a participé au diagnostic d’une panne. Il a observé les symptômes, réalisé certains contrôles et contribué à l’intervention.
Une autre apprentie a peut-être rencontré une panne comparable, mais avec d’autres équipements ou une autre procédure. Un troisième apprenti n’a pas encore eu l’occasion de participer à ce type de diagnostic.
Ces écarts peuvent nourrir la séance : ils permettent de comparer les démarches, mais aussi de repérer ce que les apprentis ont pu — ou non — expérimenter en entreprise.
Une action à organiser
Avant ou après la période en entreprise, le formateur peut proposer aux apprentis de garder une trace très courte d’une situation : une tâche réalisée, une difficulté, une décision à prendre ou une question restée sans réponse.
La trace n’a pas besoin d’être un compte rendu. Selon les habitudes du groupe et les règles de l’entreprise, cela peut être :
- quelques lignes ou un message audio
- une fiche à compléter en trois questions
- une photo d’un élément de travail, si elle est autorisée et ne révèle aucune information confidentielle
- une courte vidéo d’un geste technique, uniquement si l’entreprise l’autorise et si personne d’autre ni aucune donnée sensible n’apparaît
En séance, le formateur choisit une situation en lien avec la compétence travaillée. L’apprenti la présente brièvement ; le groupe compare les choix possibles et les raisons de ces choix. Le formateur complète ou rectifie les éléments techniques, puis aide à distinguer ce qui peut être généralisé de ce qui dépend du contexte de l’entreprise.
Pour finir, chaque apprenti peut noter un point à observer, à expliquer ou à essayer lors d’une prochaine occasion. Si la situation ne se présente pas en entreprise, un entraînement peut être prévu au CFA.
Un repère à emporter
Une situation bien exploitée peut suffire. Pour commencer, 3 questions peuvent aider l’apprenti à la préparer :
Qu’est-ce que j’ai eu à faire ? Qu’est-ce qui m’a posé question ? Qu’est-ce que j’aimerais mieux comprendre ou savoir refaire ?
Côté équipe pédagogique, quelques questions méritent aussi d’être posées : à quel moment recueille-t-on ces situations ? Qui choisit celles qui seront travaillées ? Comment tient on compte des différences d’expérience entre apprentis ?
Le repère : partir d’une situation accessible, l’analyser au regard d’une compétence, puis préparer une prochaine occasion de la mobiliser.
L’enjeu n’est pas de recueillir le plus de récits possible. C’est de concevoir une séance où le vécu professionnel peut réellement servir à apprendre et de repérer les situations auxquelles certains apprentis n’ont pas encore accès.

