La classe virtuelle : modalité pérenne de formation ?

17 Déc


Calendrier du 17 décembre 2021
par Guillaume Singeot
, STRATICE

Depuis plusieurs mois, nous avons tous été amenés à nous interroger sur l’efficacité de la modalité « classe virtuelle » dans nos dispositifs de formation. Nous avons, pour beaucoup, différentes expériences de classes virtuelles, certaines mieux réussies que d’autres. Peut on considérer la modalité « classe virtuelle » comme l’une de nos activités récurrentes, voire pérennes ?

Commençons par fixer un cadre : la classe virtuelle est une modalité synchrone de formation en distance. Dans un parcours multimodal, elle est donc associée à d’autres temps de formation, d’autres espaces. C’est certainement l’enjeu du futur en formation : articuler la classe virtuelle au sein d’une scénarisation du dispositif pour l’utiliser au bon moment pour les bons apports. En anglais, classe virtuelle se dit « virtual classroom », c’est l’espace qui est virtualisé, pas le groupe.

Fixons un autre cadre : la durée ! Là, différents critères sont à prendre en compte : les participants (nombre, typologie, matériel…), l’animation (interpeller, s’autoriser une digression…), les choix de cadrage en fonction des prescripteurs et des financeurs, les objectifs fixés…

Pour pouvoir assurer la pérennité de cette modalité, il faudra donc, dans un premier temps, commencer par repenser nos scénarios et nos activités pédagogiques : mettre les différents acteurs autour de la table et démontrer la pertinence d’une séance de classe virtuelle pour le public. Cela passe bien évidemment par la compréhension du dispositif par l’ensemble de l’équipe pédagogique. Désormais, nos publics savent qu’ils pourront avoir des séances de classe virtuelle. A nous de leur en démontrer l’intérêt et non d’en faire un substitut à des séances de présentiel.

Point important, il nous faut nous assurer que nos publics pourront se connecter facilement à la plateforme de classe virtuelle et se l’approprier. Les formateurs devraient donc encore davantage prendre en compte l’environnement numérique des participants (qui suit la classe virtuelle avec son téléphone ? quel type de connexion disposez-vous ?  …). Les formateurs devraient donc encore davantage prendre en compte les compétences numériques des participants (arrivez-vous à identifier le lien de connexion ? pouvez-vous facilement écrire dans la fenêtre de discussion ? …). Les formateurs devraient donc encore davantage préparer leur intervention avec des supports et des activités adaptées. Cette série de « devraient donc encore davantage » montre bien que, sans une stratégie claire de la part de la direction de l’organisme de formation, il est fort probable que les formateurs ne s’emparent pas de cette modalité sur le long terme. Stratégie et non volonté : il s’agit de donner les moyens et le temps nécessaire aux équipes.

Comme indiqué plus haut, arrêtons de considérer la classe virtuelle comme un substitut au présentiel : Oui la classe virtuelle par bien des aspects peut être extrêmement pratiques (temps, mobilité, d’espace…), mais c’est par ses apports pédagogiques qu’elle deviendra en France une véritable modalité de formation pérenne. Notre culture formation nous invite à penser la formation en organisme de formation avec le formateur dans la même salle que les apprenants. On voit dans différentes régions du monde qu’il peut en être autrement. Mutualisons nos expériences réussies, faisons témoigner les publics, expérimentons différentes techniques d’animation, relayons les bonnes pratiques auprès de nos confrères et de nos consœurs qui ne se sont pas encore emparés de cette modalité. Aidons-les à découvrir que la classe virtuelle peut être utile dans leur spécialité, pas tout le temps mais pendant un temps, scénarisé et préparé.

Également, préparons nos publics : la classe virtuelle est un excellent  moyen pour développer des compétences numériques et pour certains, il s’agira de leur première utilisation « sérieuse » de l’outil numérique. La marche est haute mais nous pouvons nous appuyer sur la place du numérique dans nos vies (des mails professionnels à la consultation de nos remboursements de Sécurité Sociale) pour les impliquer. Le formateur deviendrait alors facilitateur en outils numériques !  « Deviendrait » car nous ne pouvons pas tous l’être, tout simplement. Une fois ce constat fait, cela signifie que pour les premières connexions, les équipes pédagogiques s’efforceront d’avoir des classes virtuelles suffisamment souples pour solutionner les difficultés techniques. Peut-être faudra-t-il faire une classe virtuelle en présentiel pour s’assurer des connexions, peut-être faudra-t-il proposer un temps de test en dehors du temps de formation…Les premières classes virtuelles d’un groupe seront donc animées par des formateurs en capacité de les accompagner « en live » en cas de difficulté technique. Peut-être faudra-t-il mettre en place un temps initial de coanimation ?

Enfin, et c’est certainement ce qui prend le plus temps, préparons nos partenaires de formations, les prescripteurs et les financeurs. Nous l’avons tous constaté lors des épisodes de confinement : certains partenaires demandaient des temps de formation à distance de 7 heures par jour. Cela paraît peu raisonnable mais était certainement nécessaire pour conserver un lien social dans ces temps bien particuliers. A nous maintenant de les aider à sortir de leur représentation de la formation et d’aller vers des temps et des espaces plus adaptés. Qu’ont retenu des apprenants qui passent 7 heures dans une salle ? Ont-ils plus ou moins appris que s’ils avaient suivi une heure de classe virtuelle et réalisé quelques activités asynchrones ? Bien sûr, cela prendra du temps et ne sera pas automatiquement possible : ne jamais oublier le contexte et les prérogatives de nos partenaires.

Il y a au moins un point sur lequel l’organisme de formation n’a que peu d’emprise : la qualité de la connexion internet. Là, le plus souvent, cela concerne plus les politiques publiques de lutte contre la fracture numérique. Les zones blanches ne concernent pas uniquement des territoires ruraux : même en ville, il peut y avoir un quartier, une rue…mal équipé. Les organismes sont confrontés là à une double difficulté : celle de mettre en place des formations multimodales couplée aux difficultés de réseaux.

Alors oui, la classe virtuelle peut devenir une modalité pérenne de formation. Avant tout en s’articulant dans un dispositif réfléchi et surtout en retrouvant son objectif initial : développer des compétences et non se cantonner à une place de pis-aller. Aujourd’hui, de nombreux publics ont des expériences de classes virtuelles réussies. A nous de diversifier nos usages pour que cela continue.

Un jour, peut-être demain, serons-nous amenés à nous rencontrer et à nous former dans un métavers.
Nous poserons-nous les mêmes questions ?

crédits photos : Markus Spiske, Unsplash