Hier c’était dimanche ! Le droit à la déconnexion est-il compatible avec la porosité des espaces temps ?

03 Déc

Il y a une quinzaine d’années, alors que je venais de me mettre à mon compte, l’une de mes filles encore enfant entra dans mon bureau un dimanche matin en me posant cette question : « Pourquoi tu travailles le dimanche, toi ? Les autres papas ils ne sont pas à leur travail le week-end » Mon bureau, même s’il était indépendant et totalement adapté, était effectivement dans notre maison familiale. Je ne me souviens plus de la réponse que je lui ai donnée, mais j’ai certainement expliqué à l’époque que je ne pouvais pas faire autrement, que je devais répondre aux messages que j’avais reçu, etc,… C’est bien des années plus tard, en regardant avec recul mon activité professionnelle que j’ai trouvé les réponses que j’aurais pu lui apporter. Comme par exemple le fait que je suis à la maison quand elle rentre de l’école et que je peux décider de faire une pause avec elle. Ou encore que je peux sortir faire une course en milieu de matinée ou encore tondre la pelouse juste avant qu’il ne se mette à pleuvoir tout le week-end. Mais cette souplesse d’organisation que je m’accorde a comme contrepartie une disponibilité quasi permanente pour mes clients et pour les personnes avec qui je travaille. La porosité entre mon temps personnel et mon temps de travail s’était installée et elle ne me quittera plus, renforcée par des outils numériques de plus en plus performants et à portée de main, de doigt.

Seulement voilà: si ma famille s’y est habituée et si je pense être arrivé à trouver un équilibre satisfaisant, cette organisation de vie je l’ai choisie. Mais qu’en est-il pour celles et ceux, salariés à qui l’on propose/impose les outils technologiques derniers cris qui maintiendront un lien permanent avec leur environnement professionnel, même si bien entendu cela n’est pas exigé formellement. La tentation est grande, nous le savons tous, de jeter un œil à son smartphone dès qu’une notification apparaît. Photo postée par un ami ou mail d’un collègue pour la réunion de la semaine prochaine ? Trop tard ! Nous avons été happés par l’écran. Bien sûr la loi a instauré depuis 2016 le droit à la déconnexion mais la solution pour l’appliquer serait alors de mettre en place des barrières étanches entre nos espaces de vie. Solution bien illusoire si l’on souhaite continuer à vivre au quotidien dans le monde d’aujourd’hui, hyperconnecté. Il semble alors que pour permettre à chacun de retrouver un équilibre, la porosité doit fonctionner dans les deux sens. La contrepartie à apporter au collaborateur connecté n’est-elle pas de lui laisser la possibilité d’avoir des temps personnels dans la journée dite de travail ? De le laisser organiser son emploi du temps en fonction de ses contraintes personnelles et professionnelles ? De lui permettre d’être en télétravail dès lors que sa présence dans l’entreprise n’est pas requise ? De le former aux bons usages des outils numériques ? Et surtout de lui faire confiance avec un cadre négocié conjointement ?

Nous en venons donc à la formation. Je ne vous referai pas le débat entre temps de formation en présentiel et temps de formation à distance mais je vous invite plutôt à transposer vous-même chacun des points, chacune des situations évoqués ci-dessus pour deux populations dont vous faites immanquablement partie si vous lisez cet article : les apprenants et les formateurs. Ont-ils choisi la digitalisation de la formation ? Comment, quand et où peut-on et doit-on exercer ses activités d’apprenant ou de formateur ? Comment bien vivre le digital learning qui n’est finalement qu’une brique de la digitalisation de notre société ?

A moins de refuser le numérique dans son ensemble, et de décider de vivre un siècle en arrière, il me semble qu’il est possible d’en tirer le meilleur, en décidant soi-même de façon éclairée la place que nous lui donnons.

Jean-Luc Peuvrier – Stratice
crédit photo : unsplash/Jamie Street


Commentaires (1)

  • Jean Vanderspelden

    Merci Jean Luc pour ce premier billet qui pose d’entrée de jeu le fait que, de plus en plus, nous agissons, nous interagissons, nous travaillons, et donc, nous nous formons sur deux territoires : métrique et numérique.

    Et cela change la donne ! Pour nous appreneurs, dans notre relation d’aide aux apprenants actifs dans des parcours #foad, sommes peut-être devenus ce que j’appelle des « Positiveurs de porisité #numérique » ?

    Avec, en plus, l’idée que la nuit je dors, et le week end j’essaie de ne pas travailler – Jean / http://www.iapprendre.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas affichée.